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Lézarap’art, petit à petit

Arnaud Poupin 19 juillet 2011 Le blog lu 516 fois Pas de réactionImprimer cet article Imprimer cet article Police: A+ A- A

Arnaud Poupin, jeune artiste et ancien apprenti de la FAI AR*, a rencontré Fabienne Rouet de Lézarap’art. Il l’interroge notamment sur l’implantation de ces artistes sur le territoire marseillais qui se définissent comme un groupe d’action culturelle de proximité.

Comment a débuté Lézarap’art et votre implantation dans les quartiers Nord ?

Avant de créer Lézarap’art je faisais partie des Arts Plastiques Productions aux Abattoirs, on y organisait une biennale et pour celle de 1993, j’avais imprimé des pass sur du papier de couleur vive. Avec ça, tu pouvais venir pendant 5 jours et voir ce que tu voulais. Il y a des jeunes du quartier qui sont venus, qui ont photocopiés les pass, qui les ont coloriés et qui venaient avec le soir. Il y en a une cinquantaine qui ont été retrouvés. Je me suis dit :

« Mais c’est génial ! On fait des choses, on fait payer 50 balles pour voir des trucs, tout le monde a pas les moyens et ils ont trouvés une autre façon de venir. »

J’ai trouvée ça juste et hyper créatif.

En 1995, les Arts Plastiques Productions sont allés s’installer rue Grignian. Suite à des divergences, Lézarap’art se sont créés, on est revenu dans les Quartiers Nord. On s’est d’abord intéressé aux enfants avec des projets d’Arts Plastiques, et puis naturellement on s’est mis aux ados et du coup à la famille… Les Quartiers Nord ça vient de là et de mon coté petite ville, pour moi le Quartier Nord c’est comme un village avec des cités, ça me suffit.

Depuis 16 ans maintenant, on travail sur les 15° et 16° arrondissements. On a cette bonne connaissance du terrain. Après, il y a eu la création de l’Outil Commun avec la Gare Franche, le Merlan, Lieux Publics, Lézarap’art* et l’APCAR*. On a donc ouvert sur le 13° et 14° avec pas mal de projets qui se sont fait en commun, dans le but de mutualiser les compétences, etc… Aussi pour  se désenclaver nous même de nos quartiers. On se tournait tous un peu le dos, les quartiers font la même chose… Donc quand on rassemble des structures, qu’on partage au moins sur l’information avec nos publics, c’est qu’il y a déjà un esprit d’ouverture. En sachant qu’aujourd’hui l’Outils Commun ouvre de nouvelles perspectives avec l’Alhambra.

Mis à part  la mutualisation des infos et des publics, est ce qu’il y a eu des actions ?

L’Outil Commun n’a jamais été très formel. On a eu beaucoup de rendez-vous et de réunions pour travailler en lien avec les structures, avec les populations, sur des projets artistiques… On a essayé d’ouvrir des réunions avec des centres sociaux. Il y eu une écoute mais les centres sociaux ont eu peur qu’on se serve d’eux. Il y a eu un travail avec les mairies du 15°-16° pour mettre en place des bus, parce que les publics, le week-end ont beaucoup de mal à bouger car il y a moins de bus et le soir c’est un peu la galère.

On a créé un projet qui s’appelle Trajectoire avec un repérage des différentes structures du territoire. Une affiche a été éditée, tous nos partenaires y figuraient, avec en programmation : Petit Art Petit, Bouffe Chevaline du Cosmos qui se jouait à la Minoterie, Manon des sources qui se jouait sur les collines d’Allauch, programmé par le Merlan, Small Is Beautiful avec Lieux publics. On a travaillé ensemble pour déplacer nos publics sur les différents territoires.

Il y a eu aussi un projet avec Radio Grenouille autour de rencontres de territoire avec les publics pour un projet radiophonique. Un CD existe avec toutes ces rencontres et les différents projets de chacun. Pour finir, on a créé le 17° arrondissement. Qui sont, entre les 13°, 14°, 15° et 16°, tous ces chemins de traverse qui existent, qui on été inventés ou trouvés par la population.  Cela devient un quartier à part entière, qui se dessine dans les 4 arrondissements qui composent les Quartiers Nord.

La ligne directrice de Lézarap’art lie fortement artistique et social. Comment un projet se créé avec vous ? Quel est le travail en amont avec les centres sociaux ?

Ils font du culturel aussi, sauf que nous, on voit pas les même choses. Eux font du socio-culturel, nous, on est plus sur le culturel au sens large, avec de l’artistique. C’est une histoire de temps et de reconnaissance, plus Lézarap’art existe, plus les gens ou les associations entendent et viennent nous rencontrer. On ne gagne pas a tout les coup. Il y a parfois des problèmes d’incompréhension, de langages. Nous sommes plus sur un langage artistique, Arts de la Rue. Eux, ils sont plus sur des bassin de populations où ils ont des inscrits, qu’ils déplacent et emmènent voir des propositions.

On rencontre des animateurs qui ne sont pas forcement ceux qui accompagnent par la suite. C’est un peu compliqué pour eux parce qu’ils ont pas mal de soucis financiers, comme pas mal d’asso, avec des contrats précaires et pas mal de mouvement.

Bref, on rencontre beaucoup de structures associatives et beaucoup de structures viennent nous rencontrer. De là, on parle du fonctionnement de Lézarap’art, de la Cité des Arts de la Rue, de qui nous sommes, qui sont les habitants de la Cité, d’où est né ce projet… Et à partir de là, on essaie de voir : soit de proposer un projet clé en main (tel projet avec tel artiste) ou de travailler par biais de réunion et de co-construire un projet, de trouver l’artiste qui va pouvoir le mener à bien, en amenant sa patte. L’artiste ne sera pas exécutant.

Que cherche un centre social en collaborant avec vous ?

Ils ont un peu mesuré que l’Art permet la discussion, des questionnements et de se les poser entre eux, de soulever un peu des choses qui sortent du quotidien, des soucis de CAF, de boulots, de logements, etc. On va travailler en juillet avec un centre de jour pour toxicomane et un projet de light-painting d’Adelin Schweitzer (Grafitti avec de la lumière). Les jeunes vont pouvoir se lâcher, impliquer leurs corps…

Il faut arriver à saisir, par rapport au public, ce qui peut bien aller. Et faire attention : il y a toujours ce risque de se retrouver avec des gens qui pensent que les artistes vont aussi s’occuper de leur public. Alors que les artistes sont là pour s’occuper de l’artistique, pas de l’animation ou de gérer le groupe. Il faut faire toujours très attention, ça peut être catastrophique et personne ne s’y retrouverai.

Les structures et associations sociales ont une mission qui est dans l’humain et le social, l’artiste y entre en y mettant de la légèreté. L’art plastique peut permettre de se réaliser.

Par exemple, avec la sérigraphie, il y a un coté magique, ça peut vite devenir très très beau. C’est simple et on sait pas qu’on est capable de…

C’est comme le projet de journal mural avec l’Ecole de la Deuxième Chance. Ce sont des jeunes qui ont beaucoup de mal a écrire. Ils se sont mis à l’Atelier Ecriture. L’année dernière le thème était le rapport amoureux, cette année c’est le changement. Ils se mettent à écrire, parce qu’Estelle Charles qui les encadre leur dit « les fautes d’orthographe c’est pas grave. L’important c’est de lâcher lâcher lâcher. » Ils sélectionnent la phrase, la composition, ils s’initient à la sérigraphie. Ils prennent un outils mais ils en sortent de l’artistique. Et d’un coup ça valorise énormément.

Dans l’arrondissement, comment la Cité des Arts de la Rue et Lézarap’art est identifié par les habitants ?

« Ah ! C’est les artistes ! » Pour d’autre : « Ah ! Mais ils sont fous ! » ou alors « C’est les baba cool… » Mais tout ça, c’est pour ceux qui ne sont jamais venus ici, car les artistes,  c’est bien connu : « Ca vit d’amour et d’eau fraiche et ils sont tous le temps heureux !… »

Parmi les communautés qui composent les Quartiers Nord, est ce qu’on peut faire un raccourci en disant qu’il y a la communauté des artistes ?

Oui. La Cité des Arts de la Rue c’est une cité. On s’appelle les habitants, comme les habitants d’en face. Mais on travail pour qu’il y ait moins de clivage. Avec Riposte 15 (Association des locataires de la Cité des Aygalades, représentant 620 logements), le projet de jardin de pied d’immeuble a fait beaucoup de lien :

La cité du bas c’est plutôt des Gitans. Pour aller à la cité du milieu, il faut passer sous l’autoroute, par le tunnel. Là, c’est plutôt des gens d’Afrique du nord. Au dessus, c’est plus mélangé, plutôt des européens, des blancs-becs. Et ce jardin fait le lien. Il y a des gens du haut qui on pris des jardins en bas et c’est la rencontre.

Dans cette histoire de culture et de territoire, plus que des actions ponctuelles et des épi-évènements, il s’agit plutôt d’actions à long et moyen terme non ? Des jardins, des parcours, des ballades, des réseaux…

Oui, et c’est vraiment bien. Il y a peut être en effet une mode mais c’est bien que les associations de locataires s’imprègnent de ça. Parce qu’en effet, tu crées vraiment du lien, des endroits de détente, de bien être. Et c’est assez juste.

D’ici le mois de Septembre, on va accueillir sur 12 mois, Mathias Poisson et son collectif. Ils sont en résidence à la Gare Franche et vont glisser sur les Aygalades dès la rentrée. Aller à la rencontre des habitants de la Cité des Aygalades, du noyau villageois  et organiser des parcours avec eux. Mais c’est les habitants qui vont emmener cette Agence Touriste (nom du projet collectif) et les embarquer.

Et le Sud dans tout ça ?

En effet nos Ateliers de Créations Artistique sont plutôt en direction des 15° et 16°. Le sud se déplace un peu quand il y a Petit Art Petit. D’après une étude des publics sur les 2 dernières éditions : sur les personnes interrogées, 80% étaient marseillaises ; parmi elles,  40 % des 15°-16°, et puis les autres de Aix en Provence, Cavaillon, régional quoi.

Quand on fait Histoire au Comptoir (programmation en Novembre/Décembre de theatre de bar), c’est du bouche à oreille, pas de publicité dans la presse. C’est comme ça qu’il a des gens du Centre Ville qui viennent dans les Quartiers Nord. Et pourquoi on ne met pas du tout d’affiche ?  Parce qu’on a pas du tout envie que les gens du quartier ou des noyaux villageois ne puissent plus entrer dans leur bar…

Est ce que le Sud revient hors festivals ou évènements ? Parce que le parc est sympa ou parce qu’ils se sont rendu compte qu’il y avait des choses à faire, à voir ou des ballades ?

Oui je pense, on le voit sur les Journées du Patrimoine où les gens reviennent. C’est un territoire exceptionnel !

* Les habitants de la Cité des Arts de la Rue
Conçue comme un immense laboratoire scénique, La Cité des Arts de la Rue, une fois achevée, réunira les 7 structures suivantes jusqu’ici implantées sur 3 quartiers voisins.
APCAR > Association de Préfiguration de la Cité des Arts de la Rue
La FAI AR > Formation Avancée et Itinérante des Arts de la Rue
GARDENS > Groupement d’Artistes pour la Recherche et le Développement des écritures nouvelles du spectacle
Générik Vapeur > Trafic d’acteurs et d’engins
Karwan > Pôle de développement de projets culturels territoriaux – Arts de la Rue et Arts du cirque
Lézarap’art > Groupe d’action culturelle de proximité
Lieux publics > Centre national de création artistique en espace public
Sud Side > Ateliers spectaculaires

Est ce que les Marseillais habitant dans le centre ou dans les quartiers Sud qui viennent voir des choses dans les quartiers Nord prennent le contexte comme un décor ou un territoire inconnu à frissons ?

Je sais pas mais ils lâchent un peu les préjugés de racaille, etc.

Et le déséquilibre Nord/Sud ?

Je ne connais pas assez les Quartiers Sud mais je crois qu’il a beaucoup plus d’artistes dans les Quartiers Nord que dans les Quartier Sud. J’ai l’impression que c’est plus vivant à ce niveau là, peut-être que je me trompe mais… La mairie du 15°-16° a hallucinée sur le nombre de structures artistiques ici, c’est énorme.

Est-ce envisageable pour Lézarap’art de travailler avec les populations du sud de Marseille ?

C’est une question de territoire, de budget, de choix. Travailler avec les non-publics, c’est ce qui m’intéresse. Par exemple, avec Histoire au Comptoir, au tout début, on avait programmé dans deux bars du Centre. Ca n’avait aucun intérêt : les gens ont tout, ils vont au theatre, aux expos, au ciné. Ils ont tout à proximité, ça ne prend pas.

Ici, c’est du délire, sur la dernière édition, les gens que je croise dans la rue, dans les quartiers, me demandent « Quand est-ce que ça va recommencer ? Vous nous avez donné envie et puis maintenant vous revenez plus ! » Alors je leur explique que c’est tout les deux ans et que c’est une histoire de budget aussi. Bref, il y a une envie qui est clairement posée. Dans le Centre il y a une offre qui est malgré tout plus riche. Bon, c’est vrai que dans le Sud à par ce pauvre MAC, y’a pas grand chose…

Sur le fait qu’il y ai plus d’artistes ici, c’est un endroit où le coté populaire est plus sympathique pour un artiste, alors que là-bas la démarche est différente. Je ne sais pas à quel point les gens sont renfermé ou fermé, mais il y a autant de boulot a faire là bas. Oui, il y en a partout…

A visiter

http://www.lezarapart.com

A lire
E2B n°4 pages 15/16

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