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Symptôme de l’abandon ?

Serge Jourdan 8 juillet 2011 Le blog, numéro 4 lu 1 008 fois Une réactionImprimer cet article Imprimer cet article Police: A+ A- A

Cet article a été publié dans le numéro 4, page 24.

Les quartiers des 13éme et 14éme arrondissements de Marseille n’échappent pas à la violence qui se généralise dans les quartiers populaires. La population s‘inquiète de cette situation.

Les transports en commun sont le théâtre d’incivilités et de violences que subissent quotidiennement les usagers. Les collégiens et lycéens des établissements du quartier sont des victimes privilégiées des agressions, racket, violences gratuites, vol à l’arraché. Les chefs d’établissements scolaires, réunis à la mairie de secteur lors d’un Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD), dressent un tableau alarmant : les élèves sont la proie de jeunes délinquants qui viennent «faire leur marché» aux abords des lycées et collèges. Bijoux, ordinateurs portables, téléphones, iPod, sacs à mains sont dérobés parfois avec très grande violence. Au lycée Diderot, dans le quartier Malpassé, on recense près de soixante agressions dont cinq blessés à l’arme blanche depuis la rentrée de septembre 2010.

Mais que fait la police ?
La police nationale «fait avec les moyens qu’elle n’a pas» fustige le maire de secteur Garo Hovsépian (PS) qui déplore le manque d’effectifs – 20 policiers affectés au commissariat du 13éme qui compte 93 000 habitants – tout en rendant hommage au travail des policiers.
La police municipale, quant à elle, est cantonnée au centre-ville. Il faut donner à voir une image présentable de Marseille sur le circuit des touristes et croisiéristes entre la Joliette et la Bonne Mère. Il faut aussi sécuriser les abords du stade vélodrome pour les supporters de l’OM. Mais dans les quartiers périphériques, pas de police municipale.
Pourtant, celle-ci pourrait être efficace par une présence ciblée sur les lieux aux horaires bien identifiés où se produisent la plupart des agressions, en particulier sur le trajet qui mène de la station de métro Malpassé au lycée les dimanches soir quand les internes, chargés, se rendent à Diderot. Elle paraîtrait aussi adaptée à la prévention de la délinquance des jeunes mineurs en manque de repères. Tenu à huis clos sur les questions de sécurité, le conseil municipal extraordinaire du 30 mai dernier n’a pris que de timides mesures. Mais quel dispositif policier, aussi pertinent soit-il, pourrait ramener une paix durable dans les quartiers ?

Il semble bien que la solution soit plutôt à chercher du côté de l’Education.

En effet, l’analyse des profils des délinquants effectuée par la police et la justice montre de façon très nette que les auteurs d’agressions sont des garçons (plus de 90%), jeunes (16 à 18
ans), en rupture scolaire (ils savent tout juste lire et écrire leur nom) et en rupture avec leur famille. Un membre de la Protection Juridique de la Jeunesse, invité à la table ronde organisée par l’intersyndicale de Diderot sur la question de la violence, affirme même que la délinquance des jeunes tend à être de type «tiers-mondiste».
Suffirait-il de donner aux jeunes le goût des études et de les entourer d’affection pour éradiquer la délinquance des jeunes?
Voilà une interrogation qui devrait interpeller le Ministère de l’Education ! Comme ses homologues, se contente-t-il de supprimer mollement des fonctionnaires dans le cadre de la RGPP (Révision générale des politiques publiques) en épargnant les Zones d’Education Prioritaire ? L’investissement éducatif est-il maintenu et développé dans les ZEP crées à la fin des années 80 ? Les quartiers «défavorisés» bénéficient-ils de dispositifs et financements spécifiques pour leur éviter de glisser vers la relégation sociale ?

Au lycée Diderot, classé ZEP, le constat est clair : le lycée n’est pas épargné par les suppressions de postes de professeurs et par le développement de l’emploi précaire; les filières technologiques qui attirent les jeunes des «classes moyennes» sont supprimées; les moyens pour les activités péri-scolaires sont sévèrement amputés (aide au devoir, encadrement des jeunes pendant les
vacances…). Le Ministère tente de mettre en place le dispositif CLAIR – Collèges et Lycées pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite – dont l’intitulé peut paraître séduisant dans les établissements au public «difficile». Sans aucun moyen supplémentaire, il s’agit en réalité d’un ensemble de mesures dérogatoires qui permet de ne pas suivre les programmes et les horaires nationaux.
Les jeunes déjà défavorisés par leur origine sociale, n’auraient droit qu’à un enseignement allégé.
Et si un élève très doué est repéré, le Ministère de l’Education lui offre une bourse spéciale et lui propose de s’extirper de son établissement de secteur pour un établissement plus prestigieux du centre-ville.

Ainsi, l’Education Nationale affaiblit sévèrement le service public dans les quartiers populaires et construit la ghettoïsation.

Les jeunes des cités n’auraient-ils pas droit à un enseignement de qualité ambitieux ? N’ont-ils pas le goût d’élever leurs connaissances ?
L’expérience des enseignants montre le contraire : les élèves de ZEP ont autant, si ce n’est plus qu’ailleurs, l’envie d’accéder au savoir. «Ce sont de beaux jeunes» lance Madame Cordier,
présidente de la confédération des Comités d’Intéret de Quartiers qui témoigne de la vitalité des associations de quartiers.
Mais si le foisonnement des bonnes volontés est réel, les associations et structures locales pâtissent, elles aussi, des restrictions budgétaires dues aux baisses de subventions municipales ou départementales et aux réductions des emplois aidés.
Cela n’est pas sans conséquences sur le fonctionnement des activités péri-éducatives du lycée Diderot qui fait appel aux associations de quartier pour animer des ateliers culturels. Plusieurs actions ont dû être supprimées cette année.

Les autorités ne peuvent ignorer ce que le simple citoyen appréhende comme simple évidence et qui se résume par la maxime «fermer une école
c’est ouvrir une prison». Si les ministères persistent dans leur politique mortifère pour les services publics, ce n’est probablement pas par ignorance des
conséquences et de la réalité du terrain.
Serge Jourdan, professeur de génie civil au lycée Diderot depuis 1985.

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Une réaction »

  1. Bonjour,
    Je suis attristée à la lecture de cet article car j’ai donné des cours de danse contemporaine dans les centres sociaux du 13 ème de Marseille alors que j’étais étudiante en Danse à Aix.
    Les conditions techniques n’ étaient pas faciles, il n’y avait pas de salle de danse mais des salles aux sols durs, seulement la motivation et la disponibilité des élèves me sont inoubliables quand au personnel des centres aussi toujours prêts à améliorer les conditions,et à rendre service…
    Je me souviens de cette époque, de la joie qui me poussait à me déplacer depuis le centre d’Aix pour deux ap-midi par semaine partager des expériences de transmission sensibles et chaleureuses;
    Quelques années plus tard j’ai du écrire en vu d’obtenir des certificats de travail que l’on m’a renvoyé aussitôt contrairement à d’autres écoles reconnues.
    J’ai un très beau souvenir de tout cela et je déplore la démission dont font preuves des responsables de troubles en amont.
    L’égalité des chances, l’éthique pédagogique commence dans les urnes et cela nos hommes politiques l’ont occultés; C’est très grave.Il ya de quoi être courroucé et de réagir à la mesure de leur mépris pour les hommes libres.

    Pascaline Denimal
    Artiste Chorégraphique/ Chorégraphe

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